
J'aimerais vous offrir un des poèmes de Renée Vivien, poétesse parnassienne de la Belle Epoque, poème qui touchera, d'une manière ou d'une autre, la sensibilité de chacun.
La presse, admirative de son talent, était déroutée devant des révélations qui furent bientôt plus connues que son oeuvre, oeuvre malheureusement boudée, parce qu'intransigeante, militante, autant que dérangeante.
Elle a pourtant pris une dimension profondément novatrice en osant aborder, à la fin d'un XIXème siècle pudibond, le délicat sujet du saphisme.
Renée a très peu vécu, a tout donné à l'art, son courage l'a tuée... il nous reste son immense talent !
Chuuut ! Lisez à présent...
Je possède, en mes doigts subtils, le sens du monde,
Car le toucher pénètre ainsi que fait la voix,
L'harmonie et le songe et la douleur profonde
Frémissent longuement sur le bout de mes doigts.
Je comprends mieux, en les frôlant, les choses belles,
Je partage leur vie intense en les touchant,
C'est alors que je sais ce qu'elles ont en elles
De noble, de très doux et de pareil au chant.
Car mes doigts ont connu la chair des poteries
La chair lisse du marbre aux féminins contours
Que la main qui les sait modeler a meurtries,
Et celle de la perle et celle du velours.
Ils ont connu la vie intime des fourrures,
Toison chaude et superbe où je plonge les mains !
Ils ont connu l'ardent secret des chevelures
Où se sont effeuillés des milliers de jasmins.
Et, pareils à ceux-là qui viennent des voyages.
Mes doigts ont parcouru d'infinis horizons,
Ils ont éclairé, mieux que mes yeux, des visages
Et m'ont prophétisé d'obscures trahisons.
Ils ont connu la peau subtile de la femme,
Et ses frissons cruels et ses parfums sournois...
Chair des choses ! J'ai cru parfois étreindre une âme
Avec le frôlement prolongé de mes doigts...
35 commentaires:
Je découvre, tard…, je reviendrai! :-)
Les mains sont très révélatrices à qui sait les observer.
Les mains ouvertes en signe de générosité, les mains de virtuoses fines et longues, les mains caressantes d’une mère, les mains soyeuses et lisses d’un enfant, les mains burinées du travailleur, les mains tâchées et fatiguées du vieillard qui a tant donné pour ses contemporains…
Les mains parlent, autant qu’une voix, qu’un regard. Les mains racontent une histoire, elles peuvent être accueillantes ou menaçantes.
Je découvre, grâce à toi, ce très beau poème et je t’en remercie Bérénice.
Je t’embrasse très fort.
Do.
Tu nous connaitre les doigts de Renée, Bérénice, qui nous parcourent à nous donner des frissons...
La toile est aussi belle, un bien beau billet vu et lu dans la chaleur de la nuit, bercé par la houle. Je te souhaite nuit douce et beaux rêves de caresses inconnues...
Besos
Jack
*** Bonjour Bérénice ! ***
C'est dommage que l'on ne connaisse pas plus Renée Vivien parce que ce qu'elle écrivait était très beau, j'en veux pour preuve ce magnifique poème. MERCI DE NOUS FAIRE DÉCOUVRIR !!!
*** GROS BISOUS ***
reflet sublime et envoutant,on le retrouve en equivalence dans l'ecrit,tout est retranscrit comme un texte en "braille"que l'on découvre et comprend par cette lecture tactile...
Des mots cousus mains...tres "touchants".
Berenice,je comprends...toutes les etoiles ne sont pas encore bien alignées...merci de ton passage,je reviends plus tard
Bise'squisse
Merci beaucoup, Bérénice, pour ce moment si doux de l'écriture et de l'image...
Pureté de la sensibilité féminine ou tout simplement de celle de l'artiste...
Je pense aussi aux doigts qui jouent...
Je tembrasse bien fort
Ce que femme veut...ce que femme donne !
Il est sublime ce poème.
Je vous devrai une jolie découverte. Vous m'avez donné envie de lire Renée Vivien, son esprit aussi subtil que ses doigts courant les vers. Alors merci Bérénice.
Et comme votre billet est superbement placé sous le signe de Sapho, je me permets de citer ces quelques vers d'une ode de celle-ci, que vous connaissez sans doute, et qui sont comme un écho à Renée Vivien:
«Je sens de veine en veine une subtile flamme
Courir par tout mon corps, sitôt que je te vois;
Et dans les doux transports où s'égare mon âme,
Je ne saurais trouver de langue ni de voix. »
Do... tu as raison, même si les mains trahissent parfois, tout comme la voix, n'est ce pas ? ;-)
Rackham... salut Pirate ! Je te sens touché et j'en suis émue ! :-)
Nancy... je suis heureuse que tu aies aimé. Bisou à toi et ta charmante famille !
Esquisse... j'espère que les étoiles ne seront jamais alignées... la magie disparaîtrait ! Merci pour ces jolis mots !
Herbert... les mains sont importantes, tout autant que les yeux, tout autant que les mots, dans le jeu, dans l'amour et puis dans la tendresse. Merci d'être venu, je t'embrasse aussi !
Myel... je savais que tu aimerais... merci !
Le coucou... Sapho, la dixième muse ! Renée Vivien, sa réincarnation ! Merveilleux alexandrins !
Je suis comblée, tant par les vers que par le commentaire... merci !
Délicieux.. of course... :)
Bizettes d'été ...
Mes doigts ont parcouru d'infinis horizons,
Ils ont éclairé, mieux que mes yeux, des visages
Et m'ont prophétisé d'obscures trahisons.Mon dieu que c'est beau!!bisous Dame Bérénice!
Colombine... isn't it ? ;-)
Macao... c'était pour ton anniversaire ! :-)
Magnifique sens.... ation!
Merci de nous faire découvrir ce très bel écrit :o)
bisous
Pour Le coucou... la suite...
Un nuage confus se répand sur ma vue.
Je n'entends plus je tombe en de douces langueurs
Et pâle, sans haleine, interdite, éperdue,
Un frisson me saisit, je tremble, je me meurs.
Karine... c'est un plaisir partagé ! Bisou à toi !
Il m'est toujours difficile de commenter la poésie. Tout ce qui y est dit ne suporte pas d'éxégèse plus au moins pertinente au risque de dénaturer les mots du poète. Alors je me contente de savourer ce q'elle a dit, d'en prendre ma part et de m'étonner de la clarté de sa perception.
oh oui, oui ! Un hymne à la sensualité.
"j'ai cru parfois étreindre une âme avec le frôlement prolongé de mes doigts..." FANTASTIQUE. MERCI Bérénice
votre serviteur "Macao" très touché presque coulé!bises dame Bérenice!
Carole... tu as raison de dire que c'est fantastique. Il fallait la ressentir pour écrire cette allégorie !
Merci de ta visite !
Macao... :-D
Bérénice, merci du complément.
L'une a entendu l'autre et répond à travers les siècles…
Texte magnifique. Il me laisse rêveuse...
Cortisone... et j'espère un peu attendrie... ;-)
Merci d'être passée !
J'aime caresser du regard et regarder du bout des doigts.
Ce poème se lit puis se vit dans l'huis clos de nos frissons.
J'admire ces femmes qui ne se sont pas laissées enfermées par la bien-séance normative. Quelle belle dame, forte et fragile... Une FEMME !
≈≈≈... yessss ! Cat come back ! I despaired !! :-D
Le toucher est comme le goûter : une sensation extraordinaire de sensations, de volupté. Le plus beau des sens, celui de découvrir à bout de doigts comme à bout de souffle.
Merci Bérénice pour cette découverte.
Maia Luna... je partage cet avis...
Fermons les yeux, effleurons, ne serait ce qu'un visage, parcourons les pleins et les déliés, puis découvrons tout ce que l'on ne voit pas...
Mille merci, Bérénice. Vous m'avez offert la chance de découvrir cette immense poétesse, dont je sirote avec un infini plaisir, chacun des termes et savoure avec délectation la délicatesse des vers! Un pur bonheur...que je vous remercie d'avoir mis à ma disposition. Bel été à vous.
Anne... j'étais dans les parages et m'empresse à mon tour de vous souhaiter un bel été... bien qu'aujourd'hui, le soleil ait eu envie de faire une grasse matinée ! :-)
Quelle belle toile!
La sensualité au bout des doigts.
Connaître par le toucher..je le fais quotidiennement,,, je ne sais combien de fois..e que dire de la pierre, de la roche que l'adore prendre entre mes doigts:)
Très beau choix de poème
En fait de chance je l'aimerai plutôt pour deux, Bises
Noèse... toucher la roche et la creuser, pour chercher, et enfin découvrir ! Merci Noèse !
Toutaubord... cette phrase est comme une roche ; je vais creuser, je vais chercher, et peut être découvrir.
Bises
bérénice
ce poème me rappelle quelques paroles de ma mère qui en présence de son amant me racontait qu'ils se parlaient avec les mains.
j'étais petite, je ne comprenais pas, moi qui parlait tout le temps :-)
Karine... très belle anecdote, je trouve !
Merci de nous l'avoir contée.
Doigts-je dire ce que j'en pense ?
Qu'un doigt fait plus vibrer qu'une danse.
Qu'un doigt léger est plus pesant qu'une main
même s'il est celui d'un ardent nain.
Qu'une chair de poule m'a fait frissonner en voyant ce dos brûlant et pudique, me faisant aller du coq à l'âne.
Qu'un tel dos invite toute la gamme des notes de do à do,
piquant vers le ciel avec doigté, un magnifique crescendo.
Je me pose un instant chez toi pour y lire douceur et sagesse . Bien éloigné de monde mais tellement agréable ....
Bise.... une libellule qui passe .
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